TAPUSCRIT

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TAPUSCRIT

    26, 2008 10:52 pm

Episode 3
7 - Depuis mon arrive dans ce pays que je considre comme ma seconde patrie, et aime de tout son cur, je vais tous les vendredis, l'invitation de mon unique assistant, chez les parents de ce dernier, manger le couscous, mon plat prfr. C'est pour moi l'occasion d'observer la joie de vivre des marocains. En prsence d'une famille traditionnelle dans ses rapports internes, et conservatrice dans ses relations avec l'extrieur. Je juge, en connaissance de cause, les valeurs et la culture du peuple. En effet, l'organisation sociale au Maroc, marque par la modernit dans la tradition, permet la cellule familiale de russir cause de sa solidarit, de sa discipline et de l'unit de son commandement; le pouvoir parental revient l'homme le plus g, gnralement sage et chevronn pour la tche de chef de groupe, et rarement la femme. Le mode de vie citadin dans la famille, rgi par des rgles strictes, permet aux individus de s'panouir dans un rayonnement coutumier et religieux exemplaire. Il m'est donn de remarquer plus particulirement la conduite de la femme l'gard de l'homme, en apprciant, sa juste valeur, sa soumission et son effacement derrire le pre, le frre ou le mari; pour moi ce n'est nullement un problme d'ingalit entre les hommes et les femmes, mais c'est plutt une question de priorit et de respect que la femme donne l'homme qui, son tour, la protge et la soutient. En s'intressant aux murs et aux habitudes de ces gens, je dcouvre des choses fascinantes. C'est ainsi que je remarque que les enfants, par leur volont de respect vis--vis des grands, bnficient d'une ducation de base impressionnante, mme si des fois, dans la rue les petits s'y trouvent sans surveillance, laisss l'abandon, et guetts par tous les dangers, risquant d'apprendre de vilaines choses. Partout o je vais, sur le boulevard, en mdina, au cours de rares balades ou dans les endroits que je frquente pour des raisons professionnelles, on me salue chaleureusement; je suis l'objet d'estime et de considration, ds qu'on me voit et me reconnat; je suis sensible ces marques. Voulant percer le secret de ce tableau mythique qu'offre mes yeux la vie quotidienne, et tout savoir, tout saisir et me faire comprendre aisment, j'apprends parler couramment l'arabe, et dcide de lire le Coran, traduit en franaise. Cela me fait beaucoup de bien au niveau de mon moral, et satisfait ma curiosit.
8 - Mon succs professionnel est aussi pour moi un motif de satisfaction qui me stimule normment. En effet, mon mtier est tout pour moi; je suis fier de ce que j'accomplis, et trs content d'apporter beaucoup ce pays auquel je me donne corps et me. Mon action, par ma participation dans les travaux publics, est mon orgueil particulier que je souligne dans toutes mes discussions. Je prends part tous les appels d'offres que lance, annuellement, ladministration. Cette dernire me slectionne pour tous les projets importants, en me confiant des marchs d'tudes et d'assistance; ce titre, je supervise la construction de diffrents difices et btiments administratifs, relevant des quipements collectifs, tels que les coles et les hpitaux. Pour mener bien ma tche de matre duvre, j'accrdite des entrepreneurs que je connais bien pour leur srieux dans le travail et la matrise de leur corps d'tat. Les services que j'offre aux particuliers et des entreprises dont j'ai, en charge, les projets immobiliers ou travaux d'amnagement, et la faon de m'exprimer, ainsi que leur entire satisfaction constituent pour moi l'exhortation qui m'encourage persvrer dans mes fonctions technique et conomique. On peut dire que j'ai une bonne image de marque. Mes activits professionnelles me procurent donc le plaisir que mes enfants et ma femme ne m'apportent pas.
9 - Les enfants grandissent certes, mais ne donnent pas le rsultat escompt; leur mauvaise volont et leur dsintressement m'empchent d'atteindre les objectifs fixs pour leur lendemain et uniquement dans leur intrt. Combien est grande ma dception en constatant amrement, qu'aprs une enfance joyeuse et prometteuse, mes deux filles abusent de leur libert, en se conduisant trs mal tout en ne russissant pas leur scolarit. Mon fils n'est pas digne d'tre mon hritier puisque il ne suit pas mes traces pour devenir mieux que moi; je n'ose pas le citer en modle. C'est une calamit; tous les espoirs fonds sur mes enfants s'vaporent dans l'air. Quant mon pouse, je n'en parle plus, l'estimant responsable de mon chec ce niveau. C'est pourquoi, je lui en veux trop.
10 -A leur majorit, les enfants n'ont qu'une envie, c'est de quitter ce pays o ils ne veulent pas creuser leur trou; un par un, ils partent et laissent un vide dans mon existence. C'est l'ennui en permanence; notre vie de couple empire, et la situation devient insupportable. La consquence de la limitation des naissances y est pour beaucoup, dans la mesure o la prsence d'un enfant constitue le lien solide des poux. Les choses ne s'arrangent pas cause de notre ge, assez avanc. La mnopause vient point pour empoisonner davantage ce climat. Ma femme qui n'en peut plus, dcide subitement de me quitter, moi l'homme de sa vie, sans se soucier nullement de ce que la vie peut me rserver, l'avenir. Je ne m'attends pas ce coup de tte, mais je ne fais rien pour retenir ma conjointe, comptant sur l'espoir d'un dnouement aprs une petite exprience en solo, aussi bien pour elle que pour moi-mme. Mais dans mon subconscient, je n'accepte pas que ma compagne, avec laquelle l'union par le mariage, pour le bien et pour le pire, existe, mette une croix sur toute une vie commune. Je ne comprends pas pourquoi elle s'estime en droit d'oublier tous les moments de bonheur, combien nombreux, de notre vie conjugale.
11 -Calmement et sagement, je fais le bilan de mon existence, en revoyant, une une, toutes les tapes importantes de celle-ci, et tiens chercher si, un moment ou un autre de cette longue vie, ma conduite peut-tre mise en cause. En tant qu'homme, je ne trouve rien me reprocher, tant certain que, hors mis les contraintes de mon mtier, je joue jusqu'au bout son rle d'poux. Dans cette nouvelle situation qui fait que je dois mener une vie solitaire, mon ge, je ne sais plus quel saint me vouer. Toutefois, je me montre optimiste, et attends un hypothtique retour de ma femme; cependant, il m'arrive de passer des nuits blanches, et aprs des jours et des semaines, je n'ai aucun de signe de vie de mon conjoint. Le moment des vacances arrive enfin; je parts la voir, et, ma grande surprise, je me trouve en face d'une femme que je ne reconnais plus, de par son esprit rigoureusement europen, et aussi cause de son gosme total, marqu d'une lchet caractrise. Tout d'abord, je souponne qu'un autre homme est derrire toute cette histoire, mais me rends compte rapidement qu'il n'en est rien. Je comprends alors qu'il n'y a plus rien faire, et me mets, ensuite, dtester tout ce qui est l'origine de ma rencontre primitive avec ma femme. Je retourne au Maroc sans mme savoir ce qu'il advient mes enfants. En rflchissant mon sort, je trouve que je ne mrite pas la sanction que m'inflige ma femme, et que, aprs ce qu'il m'arrive, la vie n'a plus de sens; je n'ai plus continuer mon combat. Je me rsigne, et commence me ngliger, voyant le mauvais cot de tout, et ragissant ngativement, tel point que les autres pensent, en ayant piti de lui, que je suis au bord de la dprime.
A suivre


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: 03/07/2008

    

      


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